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Carré blanc sur fond blanc (Kasimir Malevitch, 1918)
 
En décembre 1918, au Xe Salon d'État de Moscou, Kasimir Malevitch exposait son Carré blanc sur fond blanc. Il voulait ouvrir une fenêtre sur l'absolu, libérant ainsi la peinture des entraves du monde réel et de notre façon de le percevoir. Sa quête mystique et enthousiaste pour atteindre l'essence suprême de l'art prêterait à sourire si nous ne la comprenions pas dans le contexte de la fin de l'Empire des tsars et de la volonté de mettre toutes les pratiques au service d'un ordre nouveau. Le paradoxe est là.: c'est précisément l'inscription spatiale et temporelle de la production artistique qui donne une signification à ce tableau et qui, contre l'avis de Malevitch revendiquant l'extériorité à toute réalité (saisissable par notre sensibilité et nos outils conceptuels humains), permet de répondre au perplexe ou au railleur qui ne voient dans ce presque mais-pas-encore monochrome qu'une fumisterie rehaussée par un langage prétentieux.
Ajoutons que, au-delà de la question du sens et de l'incertitude liée à toute interprétation, on peut raisonnablement penser que c'est du fait de notre mode de valorisation artistique que cette peinture nous est encore proposée aujourd'hui. Le connaisseur (et amateur de précocité) l'appréciera au regard de la place qu'elle occupe au sein d'une chronologie de mouvements et dans la genèse de procédés (abstraction géométrique, monochromie). L'autre, moins informé et donc peu sensibilisé à la pertinence des avant-gardes, ne la considérera que dans les limites de sa propre "réception".
Merci à Marie Parizat pour son amicale contribution